
Dans mon livre Le Yoga de la Femme, je parle de deux images que j’utilise depuis longtemps pour décrire ce que j’observe énergétiquement chez les femmes : la femme champignon et la femme guitare. Dit comme ça, cela peut sembler un peu étrange. 😄 Pourtant, lorsque j’explique ces deux silhouettes aux femmes, elles comprennent généralement très vite laquelle leur ressemble le plus.
La femme champignon a énormément d’énergie concentrée dans le haut du corps, particulièrement autour de la tête. La femme guitare, au contraire, a une énergie qui descend davantage vers le bassin, les jambes et les pieds. Et parmi les femmes actives, dynamiques, responsables, celles que j’appelle souvent les femmes guerrières, je rencontre énormément de champignons.
Quand toute notre énergie monte dans la tête
Réfléchir, anticiper, organiser, décider, résoudre, contrôler, prévoir ce qui pourrait arriver demain et, tant qu’on y est, commencer à organiser les quelques mois suivants… Tout cela demande énormément d’énergie mentale. Et lorsque notre activité mentale devient presque permanente, nous pouvons finir par avoir beaucoup de mal à réellement nous détendre.
Dans ma lecture énergétique, plus nous sommes dans cette activité permanente, plus notre énergie monte vers la tête et s’y accumule. Le Yang prend beaucoup de place : nous sommes dans l’action, la vigilance, la décision et le mouvement vers l’extérieur. C’est notre femme champignon : beaucoup d’énergie en haut et finalement assez peu de présence dans le bas du corps.
Physiologiquement, nous pouvons aussi regarder cet état à travers le système nerveux autonome. Lorsque nous sommes continuellement dans l’action et la vigilance, la branche sympathique est davantage sollicitée. Elle est indispensable : elle nous permet de mobiliser nos ressources, de réagir, d’avancer et d’être efficaces. Le problème n’est donc certainement pas d’avoir une énergie Yang. Le problème commence lorsque nous ne savons plus en sortir.
Du Ciel vers la Terre
Dans la vision traditionnelle chinoise du corps, le haut est davantage associé au Yang et au Ciel, tandis que le bas est associé au Yin et à la Terre. Pour une femme qui vit énormément « en haut », revenir vers le bassin, les jambes et les pieds permet donc de faire redescendre l’énergie vers la Terre.
Et c’est là qu’apparaît ma femme guitare. Son énergie n’est plus concentrée uniquement autour de la tête. Elle descend vers le bassin, s’installe dans les jambes et va jusqu’aux pieds. La femme est davantage dans son corps. Elle ressent, elle respire et elle peut enfin relâcher un peu la surveillance générale de l’Univers. 😄
C’est aussi dans cette descente vers le Yin que nous pouvons favoriser l’activation du système nerveux parasympathique. Le corps quitte progressivement le mode « il faut faire quelque chose » et retrouve davantage un état de sécurité, de repos et de récupération. Nous pouvons relâcher, mieux digérer, récupérer, dormir et permettre à l’organisme de consacrer davantage de ressources à ses fonctions de régulation.
Le système nerveux autonome communique également avec notre système endocrinien. Notre niveau de stress et notre capacité à revenir régulièrement vers des états de repos influencent de nombreuses fonctions de l’organisme, notamment le sommeil, la digestion, la récupération, la sexualité et l’équilibre hormonal. Faire redescendre l’énergie ne signifie donc pas seulement se sentir plus calme : c’est tout notre corps qui bénéficie de ces moments de récupération.
Pourquoi le bassin est-il si important ?
Le bassin occupe une place centrale dans le Yoga de la Femme®. C’est une région intimement liée à notre féminité, à notre sexualité, à notre créativité et à notre énergie vitale. Lorsque nous ramenons notre attention vers cette partie du corps, quelque chose change : nous quittons progressivement le mental pour revenir vers les sensations.
Les mouvements du bassin, les postures douces, la respiration, la relaxation, mais aussi le simple fait de ressentir ses jambes et ses pieds permettent de ramener l’énergie vers le bas. Nous retrouvons notre ancrage et cette qualité Yin dont nous avons particulièrement besoin lorsque notre quotidien sollicite énormément notre Yang.
Cela ne signifie absolument pas qu’il faut mettre toute son énergie dans le bassin et arrêter de réfléchir. Nous cherchons toujours l’équilibre. Nous avons besoin du Yang pour agir, construire, décider et réaliser nos projets, tout comme nous avons besoin du Yin pour récupérer, recevoir, ressentir et nous régénérer.
Le paradoxe de la femme guerrière
Ce qui m’amuse, c’est que les femmes qui auraient souvent le plus besoin de pratiques douces sont parfois précisément celles qui les aiment le moins. Elles veulent bouger, transpirer, faire une pratique « efficace », sentir qu’elles ont travaillé. Si elles passent une heure à respirer, mobiliser doucement leur bassin et relâcher leur corps, une petite voix dans leur tête leur demande parfois : « Oui, mais qu’est-ce qu’on a accompli exactement ? »
Et justement, c’est là tout l’intérêt. Quand toute ta journée est déjà Yang, ajouter encore du Yang n’est pas toujours ce dont ton système a besoin. Une pratique douce peut devenir extrêmement puissante précisément parce qu’elle t’emmène dans la direction opposée à celle que tu empruntes naturellement toute la journée.
Je connais très bien cette énergie parce que je me considère moi aussi comme une femme forte, ambitieuse, créative et active. Le but n’est certainement pas de renoncer à cette force. Il s’agit d’apprendre à ne pas rester enfermée dans un seul mode de fonctionnement.
Devenir guitare pour mieux redevenir guerrière
C’est aussi pour cela que le Yoga de la Femme® est volontairement une pratique douce. Les respirations, les mouvements du bassin, certaines postures, le relâchement et le travail énergétique permettent de ramener progressivement notre attention et notre énergie vers le bas du corps.
Pour une femme très active, ces moments ne sont pas du temps perdu. Au contraire, ils lui permettent de se ressourcer pour pouvoir ensuite retrouver son énergie Yang lorsqu’elle en a besoin. Savoir descendre est aussi important que savoir monter. Savoir s’arrêter est aussi important que savoir agir.
La femme champignon n’a donc pas besoin de devenir moins forte, moins ambitieuse ou moins efficace. Elle a simplement besoin, régulièrement, de redevenir guitare, de retrouver son bassin, ses jambes, ses pieds et cette énergie Yin qui lui permet de se déposer.
Notre véritable puissance ne vient pas d’une énergie constamment poussée vers le haut. Elle vient aussi de notre capacité à faire une pause, à nous ressourcer, puis à revenir dans l’action avec davantage d’énergie. C’est cette circulation entre le Yin et le Yang, entre l’action et le repos, entre le Ciel et la Terre, qui nous permet de retrouver notre équilibre.
